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Frédéric Antoine

Le retour de la radio



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Nouvelle publication : Le retour de la radio, Frédéric Antoine (Ed.), Médiatiques, Récit et société, n° 40, printemps 2007.


Le numéro 40 de la revue belge « Médiatiques, Récit et Société »,
Arial"> de l’Observatoire du Récit Médiatique, daté du printemps 2007, vient de paraître avec un dossier consacré à la radiodiffusion. Réalisé sous la direction du Professeur Frédéric Antoine, il s’agit du premier acte de la publication des actes du colloque de clôture du programme de recherche européen IREN (International Radio Research Network), qui s’était tenu, à l’Université de Louvain-la-Neuve et à Bruxelles, en novembre 2006, un programme approuvé et financé par la communauté européenne.

La présente livraison à une tonalité très latine, avec des articles venant d’Italie, de France et d’Espagne. Une autre partie des communications présentées lors de ce colloque sera publiée dans la revue scientifique belge « Recherches en Communication » (dans un numéro spécial à paraître en 2008).

On trouvera, ci-dessous, le sommaire du dossier et le texte introductif de Frédéric Antoine.

Sommaire : Le retour de la radio

Un dossier coordonné par Frédéric Antoine - Université de Louvain La Neuve (Belgique)

Radio et avant-gardes: une non-rencontre - Enrico Menduni - Université de Rome 3 (Italie)
   Média non alphabétique, éphémère et soucieux de l'agir du récepteur, la radio a beaucoup de points en commun avec les avant-gardes artistiques du début du XXe siècle. Pourtant, la rencontre ne se produit pas. Pourquoi ?

Vecteur d'une culture populaire et diversifiée - Hervé Glévarec - Chercheur CNRS CLERSE/IFRESI à Lille (France)
    On connaît les rôles de ";connexion"; au monde et de ";présence"; exercés par la radio, qui constituent des usages anciens et centraux. Mais on éclipse trop souvent le rôle, plus massif encore, de la radio sur la longue durée dans l'évolution culturelle de nos sociétés.

Préparer les voix du futur - Gotzon Toral Madariaga - Université du Pays Basque à Bilbao (Espagne)     La radio développe une nouvelle forme de relation avec les auditeurs, plus informelle et plus proche. La formation doit donc aussi envisager le développement de l'intelligence émotionnelle des étudiants, en leur fournissant des outils pour améliorer leur expression.

Médias communautaires en Europe et Amérique latine - Manuel Chaparro - Université de Malaga (Espagne)
  En Amérique latine, les radios communautaires tentent de jouer un rôle important de haut-parleur de la volonté populaire. La radiodiffusion européenne devrait-elle s'inspirer de ces modèles afin de donner aux citoyens un véritable espace de discussion.

Participation et création en ligne - Carmen Peñafiel-Saiz - Université du Pays Basque à Bilbao (Espagne)
    La radio du troisième millénaire -sur Internet devra faire des efforts: proposer un nouveau modèle communicationnel, renouveler le langage radiophonique et les formats.

La communication sonore n'est plus exclusive - Maria del Pilar Martinez-Costa - Université de Navarre (Espagne)
    La radio, telle que nous l'avons connue jusqu'à présent, est morte. Car la radio est désormais numérique, c'est-à-dire multimédia, multi-norme, multi-bande et multi-support. À défaut de trouver un mot plus heureux, nous continuerons sûrement à l'appeler radio dans les années à venir. Mais nous renverrons alors à un autre type de communication, plus complexe.

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« Le retour de la radio » – Frédéric Antoine – Médiatiques, Récit et société, n° 40, printemps 2007, pp. 1-2

Longtemps considérée comme un média oublié, la radio revient sous les projecteurs. Et pas seulement dans le cadre de l'expression d'un grand soupir de nostalgie. Mais parce qu'elle constitue toujours un média d'avenir sur lequel il est impératif de porter son attention.

Plus de 760.000 Belges francophones écoutent au moins pendant quinze minutes la chaîne de radio Bel RTL « un jour moyen, du lundi au dimanche », si l'on en croit les extrapolations réalisées à partir des résultats des enquêtes de mesure de l'audience radio (1). Ils seraient de même plus de 500.000 à avoir un contact quotidien avec Radio Contact, plus de 450.000 avec la chaîne populaire de la RTBF VivaCité, près de 400.000 avec Nostalgie et près de 350.000 avec la Première, la chaîne de référence du service public. Un jour de semaine moyen de début 2007, un auditeur belge francophone écoute la radio 220 minutes, un Flamand 286 minutes et un Français 180 minutes (2).

Souvent, la radio n'est perçue qu'à travers pareille valse de chiffres, qui rappellent davantage l'univers des stratégies économiques et du marketing que celui de l'étude du média per se. Mais ces chiffres rappellent aussi la place qu'occupe la radio parmi les médias de masse contemporains. Quotidiennement, un Belge francophone écoute presque autant la radio qu'il ne regarde la télévision, et un Flamand accorde davantage de temps à l'écoute de la radio qu'à son téléviseur. Dans la distribution du temps des usages médiatiques, la radio n'est donc pas un parent pauvre, et son utilisation n'a pas disparu lors de l'avènement des médias électroniques.

Dans bien des coins du monde, la radio demeure aussi le premier -et souvent le seul média dont peuvent faire usage les proportions les plus larges des populations. Dans les zones reculées, son moyen de propagation, son aisance de réception et la légèreté du support la permettant ne seront pas concurrencés par les moyens de transmission audiovisuels avant longtemps.

Le média radio est donc non seulement très largement répandu, mais il constitue aussi, à l'heure actuelle, un des moyens de communication avec lequel l'humain entretient le rapport le plus permanent, et auquel il consacre le plus de temps. Avec cet avantage que l'usage de la radio ne restreint pas l'humain à cette seule occupation.

Mieux: selon certains analystes, l'Internet serait même sur le point d'insuffler une nouvelle jeunesse à ce média qui en a déjà connu plusieurs. En effet, il lui permet enfin de se départir du poids de la contrainte technique qui en a toujours contingenté l'évolution: celui de l'espace disponible sur les bandes de fréquences utilisées, en analogique ou en numérique.

Tout indique que la radio, plus que jamais, est non seulement un média actuel mais constitue un support qui mérite d'être étudié, compris et analysé. Or, force est de constater que, jusqu'à ces dernières années, l'intérêt scientifique ne s'est pas d'abord porté sur le média radiophonique. Dès que la télévision a atteint le rang de média de masse, l'essentiel de la recherche s'est orienté vers ce support, dans lequel la part de l'image et de la fascination qu'elle suscite ont rapidement damé le pion à la radio. Bien davantage que le média sonore, l'audiovisuel suscitait promesses, inspirait des craintes en tous genres, mais se trouvait aussi rapidement au centre d'enjeux économiques liés à la naissance d'une économie des médias que la radio n'avait fait qu'esquisser.

Par ailleurs, la radio ayant occupé le devant de la scène pendant une vingtaine d'années, on crut un peu vite que tout avait été dit à son sujet. Et que les théories sur le son, établies dès les années 1930, suffisaient à permettre une appropriation du média.

L'évolution actuelle du support démontre qu'il n'en est rien, et que plus qu'un retour sur un objet déjà observé, il s'agit aujourd'hui de redécouvrir la radio, de l'aborder sous des angles neufs, dans une perspective interdisciplinaire peu de mise par le passé.

Nous avions déjà plaidé cette cause dans un précédent numéro de Médiatiques (3) Désormais, les choses vont de l'avant. Dans cette optique, les chercheurs européens sur la radio ont commencé à se réunir. Ils ont notamment pu entamer des travaux communs dans le cadre d'un projet dénommé IREN, soutenu par la Commission européenne. Les approches de la radio qui figurent dans ce numéro sont issues de la réunion de clôture des travaux de ce groupe, qui entend pouvoir poursuivre ses travaux afin de rendre à la recherche sur la radio ses lettres de noblesse. Elles représentent une petite partie des axes qui manifestent aujourd'hui le renouveau des études dans ce secteur, notamment sous l'impulsion du GRER (groupe français de recherches sur la radio), initié par notre collègue de Bordeaux Jean-Jacques Cheval.

 

Notes :

(1) Source: ClM Radia, vague 14, janvier-juin 2007
(2) Source: Médiamétrie, étude 126.000 janvier-juin 2007
(3) Médiatiques, n°29, « Les univers sonores radiophoniques », 2002


 


 



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